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S'engager, financer, durer: ce que la politique doit à la démocratie

  • 26 avr.
  • 3 min de lecture

Tout programme politique commence par une promesse. Mais toutes les promesses ne se valent pas. Non pas parce que certaines seraient plus généreuses que d'autres, mais parce que certaines ignorent délibérément la question de leur financement, et que d'autres, plus raisonnables en apparence, font l'impasse sur les limites physiques du monde dans lequel elles s'inscrivent.


On peut ainsi trois ordres du discours politique. Trois approches du réel et de la vérité, qui, dans une démocratie conditionnent notre capacité d'action collective. En France, Jean-Marc JANCOVICI et le Shift Project viennent de lancer leur "Plan Robuste pour l'économie française" appelant ainsi, à l'aube de la prochaine présidentielle, les acteurs de la démocratie française à confronter leurs projets à l'aune des réalités de notre monde.





La toute-puissance politique


Le premier niveau est celui de la toute-puissance politique. Ici, la volonté collective est censée suffire. On annonce, on promet, on décrète et l’on considère que les moyens suivront. Construire des milliers de logements supplémentaires, recruter massivement dans les services publics, généraliser de nouveaux droits sociaux : tout semble possible, sans véritable arbitrage.

La question du financement est secondaire, voire absente. On ne hiérarchise pas vraiment, car chaque politique apparaît légitime en soi.


Ce discours est souvent séduisant, car il est simple et généreux. Mais il repose sur une illusion : celle d’un monde sans rareté, où les contraintes disparaissent derrière l’intention. Mais la réalité ne peut être traitée comme une simple variable d'ajustement. Sans quoi, la dépense publique s'accumule, les déficits se creusent, et les générations suivantes héritent des factures qu'on a refusé d'acquitter. Ce n'est pas tant un mensonge qu'une incomplétude et les électeurs, tôt ou tard, doivent le découvrir.


A ce premier niveau, l'action publique est souveraine. Les principes commandent, "l'intendance" doit suivre. Il n'y a pas d'arbitrage à mener, pas de hiérarchisation à imposer, pas de contrainte financière qui vaille face à la volonté collective.

 

La politique sous contrainte

 

À ce deuxième niveau, on reconnaît que les ressources sont limitées, que les finances publiques obéissent à des règles, que l'autre, qu'il soit partenaire ou concurrent, existe. L'action collective se sait alors inscrite dans un ordre économique plus large qu'elle ne maîtrise pas entièrement, et dont elle tient compte dans ses propositions.

 

C'est le langage de la responsabilité budgétaire, de la croissance potentielle, de la soutenabilité de la dette. On hiérarchise les politiques publiques, on cherche l'efficience, on espère la croissance et le progrès.


Ce niveau gagne en réalisme, pour ne pas dire en honnêteté intellectuelle par rapport au premier. Mais il conserve une approche avant tout fondée sur le temps court, celui du mandat électif, qui reste un des défis intrinsèque de la démocratie: répondre aux enjeux de la fin du mois et de la fin du monde.


La politique dans un monde fini

 

Le troisième niveau change de nature. Il ne s’agit plus seulement de composer avec des contraintes financières, mais d’intégrer les limites physiques du monde. L’énergie disponible, les ressources naturelles, les équilibres environnementaux imposent des bornes que ni la volonté politique ni la technique ne peuvent abolir.


Ce niveau exige davantage : il impose une sobriété dans les ambitions, une véritable hiérarchie des besoins collectifs. Ce n'est pas le discours du renoncement, c'est celui de la lucidité.


C’est dans ce troisième registre que s’inscrivent les travaux de Jean-Marc Jancovici et du Shift Project. Leur démarche consiste précisément à rappeler que toute politique publique repose, en dernière analyse, sur des flux physiques, en particulier énergétiques parce que ce sont eux qui permettent la transformation du monde,  et que ces flux sont contraints. Leurs propositions tiennent non seulement compte de principes ou d’équilibres budgétaires, mais aussi d’une analyse des capacités réelles de l’économie à fonctionner dans un monde fini.


Toute politique publique repose sur des flux physiques, en particulier énergétiques parce que ce sont eux qui permettent la transformation du monde,  et que ces flux sont contraints.

Ces trois niveaux ne relèvent pas de simples choix rhétoriques. En démocratie, le discours politique façonne les décisions des citoyens. Un programme électoral qui promet sans en assurer le financement trompe les électeurs. Un programme qui finance sans tenir compte des limites physiques de notre monde les décevra tout autant, simplement avec retard.

 

L’éthique démocratique repose sur la confiance accordée aux décisions des électeurs et de leurs représentants. Cette confiance suppose un socle minimal d’informations partagées, fiables et vérifiées.

 

Dès lors, la responsabilité de chaque électeur qui entend peser sur le destin collectif ne peut plus se limiter à un choix « en son âme et conscience ». Elle implique de juger en son âme ce qui relève de notre volonté, mais aussi en conscience ce qui relève de la compréhension du réel — non pas « sa » vérité, mais la réalité des faits.

1 commentaire


deversphil71
28 avr.

Du coup , comment la politique , inscrite par nature , dans un telmps court ( le mandat ) peut etre prendre en compte le moyen long terme et comment int!grer les électeurs dans cette démarche ?

Les candidats sont ils condamnés à des promesses de court terme et une fois élus à int!grer le moye long terme dans leur stratégie ??

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