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Ensemble ou contre tous?

  • 1 juin 2016
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 juil. 2024


L’année 2016 marque une nouvelle étape dans l’évolution de notre vie politique. A un an de l’élection présidentielle, les primaires à venir, comme passées, semblent de plus en plus structurer notre débat public.

Des primaires qui occupent l’espace médiatique à même proportion que les étals des librairies, mais qui, si elles rendent l’offre politique abondante quantitativement, la différencient peu d'un point de vue qualitatif et fait, finalement, de la surenchère politique la condition de la visibilité médiatique des candidats.

Les primaires n’impactent cependant pas que le jeu électoral. Elles portent aussi en germe des effets, sur notre système institutionnel.

"Avec son scepticisme à l’égard des "hommes providentiels", avec sa défiance à l’égard du culte du chef, avec sa méfiance à l’égard des égos surdimensionnés ; Avec sa culture de la liberté, avec son « éthique de la discussion », avec sa foi en la responsabilité individuelle, quel doit être le message du centre dans le débat présidentiel à venir?"

Car les primaires initient un processus de légitimation aux conséquences contraires, sur le long terme, à ses effets immédiats : si le candidat élu lors des primaires bénéficie d’un effet de poussée pour sa candidature à l’élection présidentielle, elle le fragilise en revanche dans son exercice du pouvoir. Les primaires confèrent aussi une légitimité électorale à ses concurrents incarnant des lignes différentes au sein de la majorité, qui constitueront une alternative à la ligne de l’exécutif élu. Les exemples de Manuel VALLS et d’Arnaud MONTEBOURG illustrent cette tendance, qui pourrait être encore plus forte avec un Président qui se déclarerait comme non-candidat à sa propre succession.

Ces phénomènes nouveaux, s’ajoutant à des pratiques institutionnelles et politiques qui font de la présidence de la République l’unique pivot de notre démocratie, accentuent une dérive qui semble plonger notre société dans l’impasse que constitue l’attente de l’homme (ou de la femme) providentiel, et la déception que l’exercice du pouvoir et plus encore son isolement politique ne manque pas d’induire.

Avec son scepticisme à l’égard de ce "sauveur" ce qu’il considère comme un mythe, avec sa défiance à l’égard du culte du chef, avec sa méfiance à l’égard des égos surdimensionnés ;

Avec sa culture de la liberté, avec son « éthique de la discussion », avec sa foi en la responsabilité individuelle, quelle peut-être la place du centre dans ce système démocratique ?

Et, qu’implique d’être au centre, en 2016 ? Qu’est-ce qui doit constituer notre ADN ?

A l’heure où le débat sur les idées, cède le pas, au débat sur les personnalités ; alors qu’il n’est plus l’heure de s’interroger sur la nécessité des réformes, mais bien sur la façon de les mener, il nous appartient d’énoncer nos valeurs et nos principes, et de les décliner en objectifs clairement établis dans le cadre du grand débat démocratique de 2017 que nous appelons de nos vœux.

Ces quelques lignes sont une contribution personnelle à ce qui doit constituer nos priorités pour redresser notre pays.

Des valeurs : la responsabilité individuelle et le respect du collectif

Au fondement de notre engagement politique commun, nous partageons l’idée que la liberté de l’homme est sa plus grande richesse, mais que cette liberté, implique aussi une grande responsabilité.

Responsabilité envers lui-même, comme envers les autres membres de sa collectivité.

Il ne s’agit pas de livrer les individus qui composent notre société à la loi du plus fort, mais au contraire de réaffirmer le cadre fondamental dans lequel ils doivent s’inscrire. A trop vouloir s’occuper des modes de vie de ses citoyens, notre Etat « obèse » est devenu impotent à faire respecter les lois les plus simples de notre République.

A vouloir faire de 80% des jeunes qui composent une classe d’âge des bacheliers, nous avons fabriqué des laissés pour compte du système éducatif et fait progresser l’illettrisme à la sortie de l’école.

"La liberté implique la responsabilité, comme les droits impliquent des devoirs. Il ne s'agit donc pas de livrer les individus à la loi du plus fort, mais de réaffirmer le cadre dans lequel ils doivent s'inscrire."

Au toujours plus de lois et de règles sensées nous « protéger » que réclament les conservateurs de droite ou de gauche, nous répondons au contraire, qu’il faut d’abord protéger les quelques règles élémentaires du vivre-ensemble.

La doctrine politique et économique qui incarne le mieux cette valeur reste le libéralisme, dont le corpus idéologique nous permet de nous positionner clairement dans un grand nombre de débats qui agitent notre pays, en faveur d’une réforme profonde du fonctionnement de notre société.

Une conviction : défendre l’intérêt général en s’ouvrant à l’autre

Ces valeurs, s’accompagnent selon nous, d’une conviction forte : c’est dans l’échange, le dialogue, et la coopération que naissent la paix et la prospérité.

Etre humaniste, c’est croire profondément que les hommes sont de bonne volonté, pour peu que nous sachions valoriser l’écoute, la compréhension, et la bienveillance.

Coopérer, contractualiser librement, et en toute connaissance de cause, cela reste pour nous la base de la société politique, et nous permet de décliner un certain nombre de principes que nous défendons au quotidien.

Cette conviction est à la base de l’engagement européen de nos pères fondateurs, que nous défendons et perpétuons avec l’idée que les défis auxquels doivent faire face l’Union Européenne trouveront une réponse avec plus d’intégration, tendant même à la mise en place d’un vrai fédéralisme dont la base sera la construction démocratique et sociale.

"Etre humaniste, c’est croire profondément que les hommes sont de bonne volonté, pour peu que nous sachions valoriser l’écoute, la compréhension, et la bienveillance."

C’est la même croyance qui fonde également notre approche territoriale. Le principe de subsidiarité qui est à la base de la construction européenne, se décline aussi dans la volonté de construire une organisation décentralisée, au sein de laquelle les territoires coopèrent plutôt que n’entrent en concurrence. La coopération intercommunale en est un exemple concret, comme la fusion des régions, qui, pour nous, rendent nos territoires plus compétitifs et plus efficients au regard des autres régions européennes.

C’est la même croyance qui nous invite à faire œuvre de transparence et de la volonté d’informer au mieux les citoyens. Trop souvent la « communication politique » tend à vouloir dissimuler les mauvaises nouvelles ou à craindre de dire la vérité. Les centristes prennent l’engagement de faciliter l’accès des citoyens aux documents administratifs, voire à la mise en place de système d’Open data.

Il n’y a pas de démocratie sans information, et l’information reste inutile si elle n’est pas comprise par celui qui la reçoit : c’est pourquoi, l’éducation est au cœur de nos préoccupations, car elle seule garantit la capacité des citoyens à comprendre les problèmes qui se posent à leur société, et à les résoudre.

Une méthode : substituer la démocratie de la négociation, à la démocratie de confrontation.

Notre pays est-il réformable? Certains en doutent, pensent même que les français sont des veaux et qu'ils seraient incapables de faire ce que les allemands, les anglais, et même les italiens et les espagnols ont fait avant eux : réformer l'Etat Providence.

Pourtant une large majorité d'entre eux partage le même diagnostic, celui d'un pays sur-administré et divisé que le simple bon sens pourrait remettre sur les bons rails. Sauf qu'ils n'arrivent pas à le dire ensemble... en tout cas, pas par la voie de leurs représentants.

Quinquennat après quinquennat, alternance après alternance, le fossé se creuse entre les français et leurs élus. La parole politique, galvaudée par les promesses de campagne, et les postures d’opposants « systématique », doit retrouver sa crédibilité grâce à une plus forte responsabilisation de tous les acteurs.

Responsabilisation qui passe par un rééquilibrage des pouvoirs que permettrait le passage à un régime présidentiel assumé.

Aujourd’hui, le chef de l’Etat bénéficie de la légitimité politique que lui confère son élection au suffrage universel que l’on retrouve habituellement dans les régimes présidentiels, tout en conservant des pouvoirs de coercition sur le pouvoir législatif légitimes dans le cadre d’un régime parlementaire.

"L'établissement du scrutin proportionnel, pour contraindre l'opposition à assumer une partie de la politique nationale; et la suppression du gouvernement dont le rôle principal est devenu celui d'aliéner le parlement; libéreraient la parole politique et forceraient notre système à représenter les français"

Ce régime hybride a fait de l’élection d’un seul homme la source de tous les pouvoirs et doit donc légitimer pendant 5 ans toutes les réformes entreprises. Cette démocratie «d’autorisation» n’est pas efficace quand il s’agit de mener des réformes impopulaires qui nécessitent pédagogie et unité nationale. L’exemple des manifestations autour de la « Loi Travail » illustre bien cette incapacité à mener des réformes d’ampleur dans ce cadre.


Si l’on souhaite dépasser les oppositions stériles, il faut que la minorité politique soit en mesure de contribuer à juste proportion de son poids électoral à la définition des mesures qui rétabliront le pays.

La juste proportion et la liberté, sans doute ce qui manque à notre représentation nationale. Tout ça parce que, pendant des décennies on leur a opposé : stabilité et efficacité . La proportion rendrait l'assise gouvernementale instable; la liberté nuirait, quant à elle, à l'efficacité. Mais l'erreur ne consiste-t-elle pas à associer trop automatiquement la stabilité d'un gouvernement à son efficacité supposée? Les derniers gouvernements de notre république ont ils été considérés, malgré leur longévité, comme des grands réformateurs de notre pays?

N'est-il pas temps de sortir du dogme, pour nous inspirer de ce qui fait que chez nos voisins européens, la réforme a été possible. Qu'elle n'a pas été bloquée par les manifestations de rue où prétend s'exprimer la démocratie bâillonnée à l'assemblée nationale par l'utilisation du 49.3.

Il suffirait de peu de choses: de l'établissement du scrutin proportionnel, pour contraindre l'opposition à assumer une partie de la politique nationale; et de la suppression du gouvernement dont le rôle principal est devenu celui d'aliéner le parlement; pour libérer la parole politique et forcer notre système à représenter les français, ce qui ne revient pas exactement à chercher leur voix dans la perspective d'une probable alternance...

Il nous revient, en tant que centristes, de porter ce message, de créer les conditions du dialogue entre la droite et la gauche. Contre ceux qui veulent faire croire que l'opposition d'une partie des français contre une autre est un horizon indépassable de notre pays, que la France du XXIeme siècle devra être celle de la concorde et de l'unité. Nous pourrons le faire ensemble, pas contre tous.

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