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Learning expedition a Tokyo

  • 5 déc. 2016
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 juil. 2024

Une petite semaine de recul n'est pas de trop pour, au delà du jet lag, mesurer la distance qui sépare les sociétés française et japonaise.

Le séjour passé à Tokyo avec la promotion de l'IHEE m'a même laissé penser que nous en étions le négatif.

Car à première vue, les grandes lignes sont les mêmes, et les constats identiques: même croissance faible, même population vieillissante, même pessimisme face à l'avenir. Le Japon et la France partagent les mêmes interrogations au sujet de la survie de leur modèle de société dans la mondialisation. Mais pour des raisons absolument opposées.

Evident, en comparant les "tempéraments" japonais et latin. Evident, au regard de l'isolationnisme insulaire nippon, aux antipodes du carrefour européen français. Evident, tant la culture japonaise est ancrée sur ses traditions.

Pas de problème identitaire donc, et nulle contestation, nul populisme qui fleurit dans l'électorat japonais. L'acceptation de l'ordre établi y est aussi forte que sa contestation en France.

TRAVAILLER MOINS POUR CONSOMMER PLUS

Et, de fait, la politique économique menée par le Premier Ministre Shinzo ABE laisserait bouche bée bien des gouvernements occidentaux. Ici, la relance keynesienne est la condition sine qua non de la survie des entreprises, et la réforme doit amener les japonais à travailler... moins. Travailler moins pour consommer plus; épargner moins pour faire plus d'enfants. Des slogans improbables en France mais urgents au Japon qui perd chaque année, 1 million d'habitants sur les 127 qu'elle compte aujourd'hui.

Et si la dette publique représente 250% du PIB japonais(!!!) cela ne pose aucune question de souveraineté car celle-ci appartient à 80% aux ménages japonais.

Paradis de la dépense publique, le Japon n'hésite pas à employer 6 personnes pour réaliser les travaux d'entretien d'une voirie impeccable mais avec une productivité qui laisse à désirer.

Une des illustrations des "blocages" psychologiques japonais, qui dans cette situation de sur-emploi, où le chômage n'existe pas, ne parvient pas à à former une main d'oeuvre suffisante en matière de services à la personne (crèches, gardes d'enfants, et aides aux personnes âgées dépendantes), métiers considérés comme "dégradants". Pour y répondre, on pense aux robots.

Le robot, outil de la performance industrielle japonaise, et pour le coup, de sa productivité exceptionnelle. La visite de l'usine NISSAN d'Oppoma démontrait qu'une industrie forte restait possible dans un pays aux salaires élevés (2300€ net en moyenne pour un ouvrier des chaînes de montage de NISSAN).

UN PEUPLE D'INGENIEURS, PLUTOT QUE DE CONSOMMATEURS

Mais le robot, également symbole de l'incapacité du pays à s'adapter à la révolution numérique, celle qui valorise la culture de l'usage plutôt que celle du produit.

Le système éducatif lui même inculque aux jeunes japonais cette capacité à être d'excellents exécutants, mais la créativité s'en ressent. Les jeunes diplômés des universités nippones sont recrutés avant même leur dernière année d'étude par les grands groupes. Dès lors difficile pour eux de trouver l'émulation qui habite les campus américains (très peu d'échanges étudiants internationaux), et la hiérarchie bureaucrate des grands groupes et leur dizaine d'étapes de validation ont tôt fait de décourager les jeunes cadres les plus innovants.

Mishima dans son exégèse du Hagakuré* explique ainsi ce phénomène:

"L'un des traits les plus frappants de la société japonaise réside dans la relation hiérarchique qui assujettit les jeunes à leurs aînés, si bien qu'il n'y a aucune chance pour qu'une discussion égale s'instaure entre des gens d'âge différents. Ce trait marque les relations interprofessionnelles aujourd'hui comme par le passé. Les jeunes gens qui ont accepté en rechignant les les conseils de leurs aînés perdent toute chance d'en recevoir de nouveaux sitôt qu'ils sont eux mêmes en âge d'instruire leurs cadets. Ainsi commence la stagnation spirituelle, une artériosclérose s'installe et il en résulte une résistance quasi générale à l'évolution de la société."

A défaut de comprendre le Japon et les japonais, les français ne gagneraient-ils pas à les regarder de près, et à les aimer. Ils nous apprendraient beaucoup sur nous mêmes, et pourquoi pas, apprendre, nous aussi, à instaurer une discussion égale avec la jeunesse.

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*: manuel du XVIIème siècle à l'attention des samouraïs pour leur transmettre les principes de vie

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