Le Gilet jaune, sans-culotte ou girondin?
- 19 nov. 2018
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Le mouvement des "Gilets Jaunes" est un nouvel avatar de la crise de représentation qui frappe notre pays. Protestation "anti-tout", il illustre aussi la faillite d'un système politique qui facilite "la convergence des luttes" en accaparant le pouvoir sans pour autant cacher la faiblesse de l'Etat. Pour répondre aux "Gilets Jaunes", il faudra savoir changer le système politique et dépoussiérer nos vieilles idées en matière d'aménagement du territoire.
Vous en avez peut-être marre d'entendre parler des "Gilets jaunes", vous savez, ce péril fluo, ces révolutionnaires à bandes réfléchissantes. Peut-être en avez-vous croisé sous les traits de facétieux girondins à l'accent british (I want my money back), ou en forme de "sans-culotte" ou "d'enragé" appelant à décapiter les nobles énarques et à rattraper les exilés... fiscaux, et autres accapareurs fraudeurs.
Que vous éprouviez ou non de la sympathie pour ce mouvement de la "France d'en bas" venu exprimer les "colères contre les politiques", le "ras-le-bol fiscal" ou la "désespérance des fins de mois difficiles", la profusion d'opinions, puis d'analyses dans les médias et les réseaux sociaux a peut-être fini de vous convaincre qu'il était temps de passer à autre chose. Oui, mais à quoi? Comment le paysage politique peut-il répondre à ces protestations protéiformes et à ces revendications hétéroclites?
" De "la désobéissance républicaine" sous Sarkozy, à la "Manif pour Tous" et aux "Bonnets Rouges" sous Hollande, les "Gilets Jaunes" assoient un type d'action constitué d'une "radicalité" nouvelle, prenant acte de l'assèchement de l'expression politique institutionnelle..."
D'abord en prenant du recul, et en situant le contexte dans lequel s'ancre ce mouvement. Un mouvement qui s'ajoute, à ceux, de plus en plus nombreux, de plus en plus fréquents, qui viennent briser le cadre de notre vie politique.
Le mouvement des "Gilets jaunes" est en quelque sorte le prolongement naturel et logique de l'élection "disruptive" d'Emmanuel MACRON, venue remettre en cause l'hégémonie des partis traditionnels. Election elle-même produite par la succession ininterrompue d'alternances, de "ruptures", de "changement", bref de déceptions que marquent chaque élection présidentielle.
Plus précisément, il s'inscrit dans ce nouveau répertoire de l'action politique, moins marqué par l'impact des réseaux sociaux sur la mobilisation citoyenne que par la mise à mal du consensus de la patience. De "la désobéissance républicaine" sous Sarkozy, à la "Manif pour Tous" et aux "Bonnets Rouges" sous Hollande, les "Gilets Jaunes" assoient un type d'action constitué d'une "radicalité" nouvelle, se distinguant nettement des mouvements sociaux, prenant acte de l'assèchement de l'expression politique institutionnelle sous la Vème République, et remettant en cause la légitimité des urnes. Et, si Victor Hugo pouvait affirmer au peuple en révolte contre le gouvernement de la IIème République naissante, que "le droit au suffrage avait aboli le droit d'insurrection", "Les Gilets Jaunes" semblent lui répondre 170 ans plus tard, que l'assemblée nationale est partiale; que la représentation politique est partielle; que l'opposition parlementaire est une fiction. Et que si notre système politique s'est tout entier tourné vers le Président de la République, il est tout aussi normal que notre société demande des comptes au locataire de l'Elysée et méprise les autres acteurs du jeu politique.
Or, l'absence de revendication claire démontre que ces mouvements n'attendent pas grand chose du pouvoir, si ce n'est de le combattre. Comme une opposition politique.
Alors, faute de pouvoir signer un chèque à un intérêt catégoriel clairement identifié sur le dos de la majorité des contribuables, comme c'est le cas dans la plupart des conflits sociaux menés par des syndicats, le pouvoir pourrait peut-être essayer de répondre aux causes profondes de ces mouvements d'ampleur: en luttant contre l'exclusion démocratique, et contre l'exclusion territoriale.
"Il existe une "Troisième France" qui ne se situe ni dans les difficultés d'une ruralité en déprise, ni dans les excès des métropoles globalisées. Une France des villes moyennes, qui constitue des métropoles diffuses, qui ont su préserver un cadre de vie privilégié et une taille à échelle humaine, mais luttent pour maintenir ses commerces et surtout ses emplois."
L'exclusion démocratique touche un nombre croissant de nos concitoyens. Ce sont les millions d'électeurs qui ne se sentent pas représentés à leur juste poids au sein du Parlement; qui, au contraire pensent que le Président et sa majorité "godillot" leur "confisque" le pouvoir. Dès lors que l'impopularité les frappe, ce nombre est rejoint par les "déçus". Le sentiment de décalage entre pays réel et pays légal démultiplie l'impopularité d'un pouvoir auquel les sondages ne confèrent plus de légitimité. Pire, il conduit aussi les strates politiques favorables au pouvoir élu à douter de son efficacité réformatrice. Ce phénomène est encore plus prégnant chez un Président dont la base électorale naturelle ne se situe pas dans l'un des deux camps du sempiternel clivage droite/gauche. C'est une des raisons pour lesquelles Emmanuel MACRON aurait du entreprendre, dès le début de son quinquennat, la mère de toutes les réformes: celle de notre système institutionnel.
Il est tout aussi urgent de répondre à l'exclusion territoriale. Le diagnostic de Christophe Guilly sur la "France périphérique" est, à l'évidence, renforcé par le phénomène des "Gilets Jaunes". Mais il serait sans doute caricatural de couper la France en deux. Il existe une "Troisième France" qui ne se situe ni dans les difficultés d'une ruralité en déprise, ni dans les excès des métropoles globalisées. Une France des villes moyennes, qui constitue des métropoles diffuses, qui ont su préserver un cadre de vie privilégié et une taille à échelle humaine, mais luttent pour maintenir ses commerces et surtout ses emplois. Elles ont subi de plein fouet les politiques d'aménagement du territoire visant à contrer Paris, depuis les années 60, mais elles constituent sans doute un des atouts de l'économie française. Une économie basée sur la mobilité des personnes et surtout celle des données. Une économie de la connaissance et du télétravail est possible comme l'explique Jean-Christophe FROMANTIN. Des élus de tous bords y travaillent dans les territoires, et il est d'ailleurs frappant de constater que ce sont bien souvent les associations d'élus comme l'association des Régions de France, ou des Maires de France, qui ont supplanté les parlementaires dans la constitution d'une opposition constructive au pouvoir central.
Doivent-ils occuper des ronds-points pour se faire entendre?









































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