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Retrouvez les conférences de Pierre HASSNER dans la revue "Commentaires"

  • 30 mars 2025
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 avr. 2025

Dans son numéro où de Printemps la revue "Commentaires" republie les actes d'une conférence de Pierre HASSNER sur l'identité éclairant sous un nouveau jour le clivage anywhere/somewhere



Il y a parfois des textes que le temps ne démode pas, mais qu’il confirme avec une insistance troublante. La conférence de Pierre Hassner sur « Une identité cosmopolitique est-elle possible ? », prononcée en 2006, et retranscrite dans le dernier numéro de la revue Commentaires, relève de cette lucidité qui saisit l’essence du moment de bascule historique que nous vivons.


Hassner posait le bon diagnostic : dans un monde où les appartenances se multiplient et se complexifient, il ne s’agit pas de choisir entre enracinement et universalité, mais d’en vivre la tension. C’est précisément là que réside le travail de l’identité comme objet de transcendance : dans cette capacité à habiter un lieu, une mémoire, une langue, tout en se sachant aussi citoyen d’un monde interdépendant, traversé par des crises climatiques, migratoires, économiques ou technologiques qui exigent une réponse collective.


La promesse moderne — que la science, l’économie et la démocratie suffiraient à relier les individus, les peuples et les continents — s’est effondrée dans les angoisses du réchauffement climatique, dans les solitudes numériques, dans la fatigue démocratique

Mais, plus encore, il annonçait le renversement que nous vivons aujourd’hui : le "cosmopolitisme enraciné" qu’espéraient les élites intellectuelles a plutôt donné naissance à un "provincialisme déraciné". L’exemple des États-Unis, chantre de l'individualisme, où chacun proclamait « I found myself » dans un marché infini de personnalités bricolées, a vu émerger Donald Trump. En prétendant « rendre sa grandeur à l’Amérique », il a ressuscité une identité blessée, refermée, caricaturale — un self saturé de ressentiment. C’est cela, le provincialisme déraciné : non pas le repli sur ses racines, mais l’illusion d’un retour identitaire dans un monde sans promesses.


Car voilà le véritable nœud du propos de Hassner, et ce qui le rapproche de Marcel Gauchet : nous ne pouvons plus nous reposer sur le progrès pour structurer nos horizons. La promesse moderne — que la science, l’économie et la démocratie suffiraient à relier les individus, les peuples et les continents — s’est effondrée dans les angoisses du réchauffement climatique, dans les solitudes numériques, dans la fatigue démocratique. Le lien social ne naît pas de la seule raison ; il suppose un sens, une transcendance, même profane.


Dès lors, que faire ? Comment redonner aux peuples ce supplément d’âme qui seul peut surmonter l’effritement des appartenances traditionnelles et les logiques d’un marché globalisé ? 


Le défi de notre temps, c’est de construire un imaginaire du monde commun qui ne nie pas les racines mais les articule, qui ne promet pas l’émancipation par le seul progrès, mais par le devoir de transmission et d’engagement. Dans un monde où l’humanité prend conscience de son destin collectif, il faut oser une nouvelle dialectique entre l’universel et le particulier — non plus comme alternative, mais comme tension créatrice. C’est dans cette tension que réside, peut-être, la dernière forme de transcendance politique.

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