Redressement des finances publiques : pourquoi le référendum ne peut être qu’un appel au sursaut collectif
- 6 mai 2025
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François Bayrou vient d’annoncer la tenue d’un référendum sur le redressement des finances publiques et le projet de budget 2026. Cette décision, inédite dans son objet, traduit bien plus qu’un choix de procédure : elle acte un état de blocage institutionnel et d’impuissance démocratique face aux réalités économiques du pays. Plutôt que d’y voir un énième contournement du Parlement, il faut en saisir le signal d’alarme.
Une démocratie parlementaire à bout de souffle
La Ve République avait été conçue pour surmonter l’instabilité des majorités parlementaires. Pourtant, nous voici pris au piège inverse : un exécutif fort mais sans appui clair, une Assemblée fragmentée, et un système institutionnel figé, incapable d’agréger les compromis nécessaires à l’action. La disparition de grands partis structurants, l'absence de toute opposition constructive, la fragmentation politique et l’affaissement du débat parlementaire rendent illisible et inefficace le travail législatif.
Cette faiblesse nourrit l'incapacité structurelle de notre démocratie à arbitrer lorsque l’intérêt général heurte des intérêts constitués. Chaque tentative de réforme, qu’il s’agisse des retraites, de la dépense publique ou de la transition écologique se heurte à une alliance informelle entre la rue, les corporatismes et les peurs. Dans ce contexte, l’exécutif se retrouve piégé et détourne le précepte de Mendès-France : gouverner, c'est renoncer.
Le référendum, une arme à double tranchant
Faut-il alors se réjouir de redonner la parole au peuple ? Pas nécessairement. Car le référendum est un outil brutal, binaire, qui ne laisse guère place aux nuances. Posé dans un climat d’impopularité, il risque de devenir le défouloir d’une colère générale plus qu’un moment de clarification démocratique. Il est probable que la question posée — fût-elle précise et honnête — se transforme en vote sanction contre le gouvernement ou la classe politique tout entière.
Et pourtant, avons-nous le choix ? À défaut de majorité parlementaire claire, à défaut de débats publics structurés, à défaut de relais médiatiques capables d’élever le niveau de la discussion démocratique, le référendum devient le dernier recours d’un système en panne. C’est un saut dans l’inconnu, mais aussi peut-être un sursaut salutaire : celui qui oblige chaque citoyen à regarder en face l’état des comptes publics, à mesurer le poids de nos déficits, à accepter de choisir, enfin, et exprimer une volonté claire: celle de redresser nos finances pour ne pas hypothéquer l’avenir, celle de sortir du confort illusoire des déficits éternels, celle d’entrer, enfin, dans l’âge adulte politique
Ce référendum ne résoudra pas tout. Mais il peut marquer un point de bascule. Si les Français répondent présents, ils enverront un signal de responsabilité à ceux qui, depuis des années, préfèrent différer l’effort.
Pour en finir avec la démocratie d’exception
Ce recours exceptionnel au peuple souligne en creux une évidence : la nécessité urgente de refonder notre représentation nationale. À quand un référendum — le seul qui vaille à long terme — sur l’introduction de la proportionnelle aux législatives ? Une démocratie vivante ne devrait pas avoir à recourir sans cesse au peuple faute de pouvoir gouverner. Le rôle du référendum n’est pas de suppléer les carences du Parlement, mais de l’éclairer, de l’appuyer. Il ne peut être permanent. Il doit être fondateur.
Mais ce recours au peuple ne peut rester sans lendemain. Si les Français doivent trancher ce que leurs représentants ne savent plus voter, alors il faut réinterroger le cœur du problème : notre représentation nationale. Le vrai référendum utile, le seul qui permettrait de refonder la confiance, serait celui qui poserait la question de la proportionnelle. Donner à toutes les sensibilités politiques une représentation juste, c’est rendre au Parlement sa légitimité, sa vitalité, sa capacité à débattre, à négocier, à gouverner.
Oui, la France a besoin d’un sursaut budgétaire. Mais plus encore, elle a besoin d’un sursaut démocratique.









































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