Raymond ARON et l'autonomie du politique
- 17 mars 2024
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Mardi 12 mars à l'Assemblée nationale, le think tank Génération Libre célébrait le 40ème anniversaire de la mort de Raymond ARON. L'occasion d'illustrer l'actualité de sa pensée, notamment au travers d'un libéralisme qui sait aussi s'affranchir du matérialisme, comme le politique peut et doit trouver son autonomie vis à vis de l'économie.

"En France, les penseurs libéraux ont du mal à faire école. Ce sont souvent des astres solitaires, aussi brillants soient-ils. Et généralement, quand tout va bien on les oublie, mais quand tout va mal on les relit." C'est ainsi que Nicolas BAVEREZ a parfaitement résumé l'actualité de la pensée de Raymond ARON dans le cadre du colloque qui était consacré hier organisé par l'Express et Génération Libre.
A travers les témoignages passionnants de nombreux intervenants, tous marqués par la profondeur de sa pensée et l'intensité de son engagement pour la vérité, le tableau dressé de l'apport de Raymond ARON à la lecture du monde actuel est remarquable.
Penseur de la démocratie et de ses fragilités; spectateur engagé et intransigeant dans la recherche et l'expression de la vérité des faits face aux sectarismes idéologiques; Aron a par ailleurs, parfaitement identifié les tensions inhérentes à nos sociétés productivistes entre l'économique et le politique, ou, entre le consommateur et le citoyen.
C'est ce dernier point sur lequel je veux m'attarder aujourd'hui.
Dans un monde où la notion de "progrès" s'est résumée à celle de "croissance" des biens matériels, et du "pouvoir d'achat", et alors que les limites de nos ressources planétaires, il est nécessaire de réinterroger comment la politique peut retrouver son autonomie face à l'économie.
ARON, grand connaisseur de MARX, et prolongateur de TOCQUEVILLE, nous accompagne dans cette réflexion en mettant en perspective l'aspiration des individus à l'égalité économique, les normes qui définissent les groupes sociaux, et le paradoxe universaliste qui tend à l'uniformisation mais exacerbe la volonté de se différencier.
Ce triple questionnement sert de matrice à son analyse de nos démocraties, de leur fragilité, liée aux tensions continues entre l'individu et le collectif, et démontre à quel point ces tensions ne peuvent se dénouer qu'au prix d'un équilibre sans cesse renouvelé entre droits et devoirs.
l'extrême polarisation du jeu politique n'autorise plus la puissance publique qu'à entériner de nouveaux droits que la société s'est déjà octroyé
Or, comme l'expliquait magistralement Philippe RAYNAUD au cours du colloque (auteur notamment du remarquable ouvrage "L'esprit de la Veme République") : "Aron, dans La révolution introuvable, critique la Veme de De Gaulle, percevant que le renforcement apparent du Président de la République par son élection au Suffrage universel aboutirait nécessairement à une situation d'extrême polarisation où les crises partielles auront tendance à se nouer en crise générale en raison d'un dialogue impossible entre les forces politiques.
On a vu au cours des dernières décennies à quel point c'était vrai. Nous voyons aujourd'hui à quel point l'extrême polarisation du jeu politique n'autorise plus la puissance publique qu'à entériner de nouveaux droits que la société s'est déjà octroyé. Nos institutions, déjà incapables de produire les compromis indispensables au fonctionnement de la démocratie pour se répartir les fruits de la croissance, laisseront notre société orpheline de tout pilotage sur les grands choix à faire quand il s'agira de répartir les efforts. L'exemple des choix budgétaires sur 10 milliards d'euros en sont la triste illustration.
La quête illusoire de l'efficacité politique et gouvernementale qui s'est incarnée dans la technocratie de la Veme République doit désormais laisser la place à un retour de la discussion parlementaire.









































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