Qu'attendons-nous de notre démocratie?
- 21 avr. 2023
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La Vème République a sacrifié la discussion politique, à l'efficacité administrative. Pour quels résultats? La France s'est montrée incapable de mener des réformes profondes de son Etat Providence, et sa démocratie semble plongée dans l'abîme.

Quand Pierre ROSANVALLON, qui a pourtant parfaitement analysé la transformation des sociétés politiques occidentales en "démocratie d'autorisation" se met à parler de "dérive autoritaire" et "d'utilisation de la répression policière par Emmanuel MACRON", c'est que l'hystérisation de notre vie politique est en train de franchir un point de non-retour.
Il nous faut prendre un peu de hauteur sur le combat politique pour poser les vraies questions posées par la crispation née d'un second mandat présidentiel et d'un pouvoir sans partage de dix ans que seul Charles de GAULLE et Louis Napoléon BONAPARTE ont connu avant lui.
Alors, la France connaît-elle une crise politique, institutionnelle ou démocratique? Pourquoi? Depuis quand?
Et en fait, qu'attendons-nous de notre démocratie?
Qu'elle représente le peuple ou la Nation? Qu'elle suive, à la lettre, l'état de l'opinion et exprime notre souveraineté ? Qu'elle se souvienne du passé, prépare l'avenir, et nous préserve de nos passions? Ou qu'elle nous fournisse des espaces de discussion pour formuler des solutions collectives?
Autant de questions que seule la réforme des retraites, "grâce" à son cortège de violence et d'invectives, parvient à faire ressurgir dans le débat public, tant leur complexité fait généralement fuir des médias avides de débats spectaculaires.
Pourtant la suprématie du pouvoir exécutif sur la représentation nationale qu'illustre parfaitement cette séquence est la logique même de la Vème République.
Depuis 65 ans maintenant, la diversité politique des français est sacrifiée sur l'autel de "l'efficacité gouvernementale".
Depuis 1965 en particulier, l'élection présidentielle et le scrutin majoritaire ont sommé les français de choisir leur plus petit dénominateur commun. Incarné par un homme chargé à lui seul de synthétiser toute la diversité d'une nation : de l'ouvrier au patron, de la féministe au patriarche, du croyant à l'athée; et puisqu'il a "tout le pouvoir", il doit nous donner tous les droits; et doit assumer tous nos devoirs. Plus de services publics, moins d'impôts; plus de liberté, mais moins de responsabilités; du travail pour tous, mais pas trop… Après tout, c'est ce qu'il a "promis" pour se faire élire.
Face à lui, le camp des perdants, des minoritaires, se voit réduit à l'opposition… en toute irresponsabilité. "Ils ont voté, et puis après" peuvent-ils chanter comme Léo FERRE attendant leur tour, que, peut-être, certains souhaitent en secret qu'il arrive le plus tard possible tant la posture est confortable.
Et cela depuis des décennies.
2022 a juste franchi une nouvelle étape, tout en se révélant être une nouvelle occasion manquée de changer nos règles du jeu.
D'abord, on l'a dit, nous vivons pour la première fois depuis Charles de GAULLE un second mandat de "plein pouvoir" ; ensuite, et sans doute surtout, ce second mandat est marqué par une Assemblée nationale où la majorité est relative.
La Vème République n'oblige pas un exécutif à négocier, même lorsqu'il est flanqué d'une majorité ric-rac; il dispense du même coup les oppositions de proposer quoi que ce soit, ou d'identifier des priorités à négocier en retour.
Le résultat avait interrogé nombre d'observateurs, mais rares étaient ceux qui évoquaient au passage la persistance de la "diversité politique des français" parvenant à résister au bipartisme après six décennies quasi ininterrompue de logique majoritaire bloc contre bloc;
Guère plus nombreux étaient ceux qui considéraient que cette situation politiquement bancale était une formidable occasion pour Emmanuel MACRON de mettre tout le monde autour de la table pour la renverser et établir de nouvelles règles du jeu communes…
Force est de constater que les cyniques avaient raison. La Vème République n'oblige pas un exécutif à négocier, même lorsqu'il est flanqué d'une majorité ric-rac; il dispense du même coup les oppositions de proposer quoi que ce soit, ou d'identifier des priorités à négocier en retour.
Les îlots de l'archipel français sont séparés par une mer d'abstention et de découragement citoyen.
Bref si ces mécanismes de "parlementarisme rationalisé" sont des trouvailles parfaitement efficaces du point de vue de l'administration et en tous points admirables d'habileté de celui des juristes, ils présentent quand même l'inconvénient majeur d'empêcher la production d'accords politiques durables sur des grands sujets. Au contraire, elle ne fait qu'empiler des couches de mécontentement et de sédimenter les différentes divisions de la société françaises. Les îlots de l'archipel français sont séparés par une mer d'abstention et de découragement citoyen.
Or, qu'attendons-nous de notre démocratie?
Les tenants de la Vème République vous répondront : de l'efficacité, il faut conduire les réformes. Certes, mais quelles véritables réformes peuvent-ils citer depuis 50 ans? Oui, nous avons accordé de nouveaux droits, espérons prochainement, celui à mourir dans la dignité, très bien. Mais combien de réformes vraiment efficaces, ont-elles amélioré la gestion de notre pays? Nos services publics se dégradent les uns après les autres… combien de "grandes réformes" les ministres de l'éducation, de la santé, de la justice, ou des finances ont-ils conduit? Combien de grandes manifestations, de blocages, avons-nous subi? Pour quel résultat?
Les opposants, eux, crient à l'injustice, au mépris du peuple, et de sa volonté souveraine. Ils le font bien souvent dans la violence des minoritaires, au mépris des règles élémentaires de la démocratie, et au prix d'une mauvaise foi abjecte. De la désobéissance civile, aux dégradations, en passant par la guérilla contre les forces de l'ordre; ils s'arrogent la légitimité et la parole du peuple que seule les urnes peuvent conférer. Jusqu'au moment, où ils deviennent majoritaires, comme François MITTERRAND qui après avoir dénoncé les institutions s'y est glissé avec délectation; ou comme son "héritier" François HOLLANDE, qui sans faire grand-chose a quand même permis d'illustrer toute l'hypocrisie des opposants sur le sujet de la TVA dès lors qu'il est entré à l'Elysée.
Rien de bon, ou si peu, ne peut sortir d'un système qui enferme ses acteurs dans des postures quand ce ne sont au contraire que des "spectateurs impartiaux" tels qu'idéalisés par Adam SMITH qui ne peuvent faire fonctionner un système de représentation démocratique.
La démocratie n'est-elle pas la forme d'espace public où l'éthique de la discussion définie par HABERMAS doit nécessairement s'imposer?
A fortiori quand l'époque nous amène à devoir nous mettre d'accord, non plus sur la répartition des richesses, mais sur celle des efforts et des renoncements?
Les forces politiques en présence, l'état de l'esprit public dans notre pays, les défis que nous avons à affronter peuvent-ils encore nous laisser le temps, l'espoir de trouver collectivement des règles du jeu pour faire à nouveau nation, et sortir du ressentiment, et de l'égoïsme social et générationnel?









































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