Lettre ouverte au dernier Président de la Vème République... 8 ans après
- 6 oct. 2025
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Monsieur le Président,
En 2017, je vous écrivais en espérant que vous seriez le dernier président de la Ve République , non par hostilité à son histoire, mais par conviction qu’elle avait épuisé sa promesse. Vous incarniez alors la possibilité d’un renouveau démocratique, d’un dépassement des vieux clivages, et d’une refondation des institutions. Vous aviez fait de la représentativité et de la proportionnelle des engagements. Vous disiez vouloir gouverner autrement.
Huit ans plus tard, il faut constater l’échec, et mesurer la gravité de ce qui s’est joué.
Vous aviez une occasion unique, peut-être la dernière, de réparer des institutions abîmées par des décennies de déception et de rancoeur accumulées au fil des alternances. Vous auriez pu faire du Parlement un lieu de délibération réelle, au lieu d’un théâtre d’ombres où les postures des candidats putatifs à la présidentielle tiennent lieu de boussole. Vous auriez pu faire de votre "en même temps" un laboratoire du compromis, au lieu de le traiter comme un contre-pied permanent à l'égard des commentateurs de la vie politique. Vous auriez pu, enfin, être le président du rééquilibrage des pouvoirs. Vous êtes devenu celui de leur confusion.
Votre promesse de « refondation démocratique » s’est dissoute dans le même mouvement qui devait la réaliser. Vous avez repris les gestes et les réflexes de vos prédécesseurs: le culte de l’hyper-président, la verticalité du pouvoir, la croyance qu’une volonté peut tout. Ce pouvoir « jupitérien » que vous revendiquiez pour rompre avec l’ancien monde a démontré la réduction manifeste du pouvoir politique dans notre pays.
Car ce n’est pas seulement votre image qui s’est effacée au fil du temps, c’est l’idée même que la politique puisse encore signifier quelque chose.
Vous aviez promis la proportionnelle, vous avez créé, comme les autres, votre écurie présidentielle.
Vous aviez promis la concertation, vous avez gouverné par 49.3.
Vous aviez promis l’écoute, jamais les français ne se sont sentis aussi mal représentés.
La dissolution de 2024, loin d’être un acte de lucidité, fut un aveu d’épuisement. Vous imaginiez peut-être une clarification; plus probablement, une cohabitation qui vous aurait permis de retrouver le rôle de leader de votre camp devenu minoritaire. Vous avez précipité au contraire le pays dans une impasse institutionnelle. Ce n’est plus seulement la Ve République qui s’éteint : c’est la croyance, déjà fragile, dans la capacité de nos institutions à produire un sens collectif.
Aujourd’hui, le Parlement ne délibère plus, il s’exaspère. Les citoyens ne votent plus, ils s'abstiennent par fatigue informationnelle. La France ne débat plus, elle s'étripe. Vous avez manqué l’essentiel : transformer la crise de la représentation en occasion de réinvention.
Je vous écrivais jadis que si vous réussissiez, vous feriez entrer la France dans un véritable régime présidentiel. Si vous échouiez, il reviendrait à votre successeur d’en tirer les conséquences. Vous avez échoué, Monsieur le Président. Et il ne s’agit plus de savoir s’il faut réformer la Ve République, mais d’admettre qu’elle ne gouverne plus rien.
Vous aviez promis d’incarner la modernité. Vous en aurez signé la fin.
L’histoire retiendra moins votre ambition que votre cécité : celle d’un homme qui, croyant dompter les institutions, aura été leur dernière victime.









































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