top of page

Le rejet du rejet

  • 22 févr. 2018
  • 3 min de lecture

En 2017, en élisant un candidat dont le projet réformateur s’appuyait sur un discours résolument optimiste et ouvert, une majorité de français a exprimé sa défiance à l’égard d’un système politique dont le ressort était basé sur l’alternance et trouvait sa dynamique sur la critique systématique du pouvoir sortant. Depuis, les « partis » sont en recomposition, et 2018 sera l’année d’une réforme institutionnelle qui porte beaucoup d’espoirs pour la rénovation de notre démocratie.

Parmi les observateurs les plus critiques à l’égard d’Emmanuel Macron, l’une des principales explications à son élection à la Présidence de la République consisterait dans le « rejet » que les français n’ont de cesse d’exprimer à l’égard de la vie politique, et des partis politiques traditionnels.

Il s’agit sans doute là, d’une façon de minimiser sa portée en l’associant à la litanie électorale que les français récitent depuis 1981 : « sortons les sortants ». Il s’agit peut-être aussi pour une certaine élite d’éviter de se poser toutes les questions sur le message envoyé par les français à leur système politique, de prétendre, comme Lampedusa, tout changer, pour que finalement rien ne change.

Cette approche superficielle tend à réduire le tournant politique de 2017 à un rejet de la politique incarné par l’écroulement des partis de gouvernement, et par la progression des partis anti-système auquel on assiste depuis des décennies. L’émergence de la figure « Macron » ne serait que le fait d’un improbable alignement de planètes.

« Si on analyse en profondeur le vote des français sur le discours produit on pourrait penser que nos compatriotes ont « rejeté le rejet ».

S’en tenir là serait renoncer à en tirer tous les enseignements et donc à faire évoluer notre système politique dans une direction aussi indispensable que salutaire pour notre démocratie.

Si on analyse en profondeur le vote des français sur le discours produit on pourrait au contraire penser que nos compatriotes ont « rejeté le rejet ».

Ils ont valorisé les discours mobilisateurs, positifs et rassembleurs principalement incarnés par Emmanuel Macron.

Ils ont sanctionné la critique systématique, les solutions de facilité, et globalement, les ressorts d’un discours dont la seule motivation n’est pas l’intérêt général, mais l’efficacité électorale.

De fait les partis de gouvernement « successifs » de gauche et de droite ont pâti de leur histoire marquée par leur capacité à critiquer et à promettre dans l’opposition, et leur incapacité à rassembler et à réformer une fois au gouvernement.

Or, les mécanismes fondamentaux de la Vème République peuvent être mis en cause dans ce constat d’impuissance.

D’une part, la présidentialisation de notre système politique personnalise à l’extrême les débats et relègue les « idées » au second rang ; d’autre part, la systématisation du recours au mode de scrutin majoritaire tend à réduire le champs politique à l’opposition binaire de deux camps, l’un majoritaire, l’autre minoritaire.

Or, la recomposition du champs politique opéré par les français en élisant Emmanuel MACRON reste dans l’attente de sa validation institutionnelle.

« Un régime présidentiel doté d’une assemblée nationale élue à la proportionnelle qui permettra enfin à des majorités d’idées d’émerger projet par projet »

Cette année 2018 devrait apporter un début de réponse à l’aune du chantier constitutionnel annoncé par Emmanuel MACRON. Au regard des premiers éléments évoqués (réduction du nombre de parlementaires, instauration d’une « dose » de proportionnelle) on est en droit de s’interroger. Le Président se contentera-t-il d’une réforme a minima suivant l’air du temps, ou proposera-t-il une véritable refondation démocratique ?

Une refondation démocratique qui passe nécessairement par le rééquilibrage des pouvoirs exécutif et législatif. Un rééquilibrage institutionnel avec la nécessaire suppression du pouvoir de dissolution, et, par extension, de la responsabilité politique du gouvernement devant le Parlement pour nous soustraire à ce sempiternel besoin de « majorités stables ». Un rééquilibrage, surtout, politique, avec la volonté de renouer avec une véritable représentation nationale en phase avec les clivages politiques réels de notre pays.

Un régime présidentiel doté d’une assemblée nationale élue à la proportionnelle qui permettra enfin à des majorités d’idées d’émerger « projet par projet », et de lever les blocages politiques et l’opposition systématique.

Oui, en 2017, les français ont « rejeté le rejet » et cette forme d’opposition stérile qui caractérisait le système politique. En 2018, il sera de la responsabilité du Président, mais également de tous les français de faire les propositions qui bâtiront un nouveau système où chaque citoyen pourra se sentir représenté et intégré au projet national.

Commentaires


Featured Posts
Recent Posts
Archive
Search By Tags
Follow Us
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square
bottom of page