top of page

Un français sur cinq

  • 21 mars 2017
  • 4 min de lecture

Qu'on le veuille ou non, les 5 candidats qui ont pu s'exprimer hier soir représentent 5 grands courants de la culture politique française, regroupant 15 à 30% de nos concitoyens. Bien sur on ne peut que regretter qu'une chaîne de télévision privée s'arroge le droit, au nom des sondages, de priver d'expression 6 des 11 candidats validés par le conseil constitutionnel.

Mais si l'on y réfléchit bien, la façon dont fonctionnent nos institutions n'est-elle pas encore plus coercitive pour l'expression de la diversité politique des français?

Car, au soir du 17 juin, ce ne sont pas 6 candidats, mais 10 sur 11, et avec eux leurs électeurs, qui se retrouveront condamnés, par le scrutin majoritaire, au silence ou à l'opposition stérile.

L'expérience des dernières décennies peut-elle raisonnablement nous laisser penser que c'est en confiant la totalité des pouvoirs à un seul de ces 5 courants que l'on pourra réformer la France efficacement?

"La soumission du Parlement recèle cependant un prix fort à payer pour le Président: son isolement rendu plus extrême face au pays en l'absence de réels représentation nationale"

Le déroulement du débat n'a-t-il pas démontré, malgré un climat de campagne électorale peu propice à la concorde, que de larges majorités de français (sans doute toujours 2 sur 3 comme l'affirmait Valéry Giscard d'Estaing) étaient capables de se retrouver sur de grands principes qui fondent les valeurs de notre pays et batiraient les réformes nécessaires à notre société?

Alors pourquoi ne pas faire en sorte de permettre à chacun de ces grands courants de nous représenter selon leur véritable poids dans l'opinion?

Pourquoi ne pas instaurer l'élection de l'assemblée nationale à la proportionnelle afin que l'on chasse ce sentiment délétère chez nos compatriotes d'être si mal représentés par leur classe politique?

On me répondra sans doute sur le thème de l'instabilité? Sur la ritournelle de la "division" politique des français qui promet un retour à la valse des gouvernements et des ambitions personnelles des IIIème et IVème Républiques...

Mais l'instabilité législative qui découle de ces alternances successives tous les 5 ans n'est-elle pas encore plus profondément dévastatrice pour la confiance de nos concitoyens? Quelle lisibilité ont-ils, à 5 ans, avec les coups de gouvernail que subit le bateau France au gré des élections, et des "tournants" politiques espérant redonner une dynamique aux quinquennats à la dérive? Faut-il rappeler les modifications successives de la fiscalité des entreprises, de la TVA ou des charges sociales pour s'en convaincre?

Quant aux ambitions personnelles, ne sont-elles pas la règle dans un système politique où priment systématiquement l'image, et les égos des candidats à la présidentielle sur les projets et les programmes? Où les grandes idées n'existent que si elles sont préemptées par une personnalité s'aliénant généralement toutes les autres?

Non, l'exigence d'une meilleure représentativité des cultures politiques françaises grâce à la représentation proportionnelle à l'assemblée nationale ne viendra pas aggraver le sentiment d'impuissance publique qui est le notre actuellement, elle en est, au contraire, un des remèdes.

"Assumer pleinement la nature présidentielle de notre régime"

Il conviendra préalablement pour cela d'assumer pleinement la nature présidentielle de notre régime institutionnel. Si l'élection du Président de la République au Suffrage Universel est un acquis démocratique indéniable, son écrasante légitimité soumet aujourd'hui nécessairement l'assemblée nationale, élue un mois après selon le même mode de scrutin majoritaire répliqué 577 fois, à son autorité. Quel rôle peut, dès lors, jouer un gouvernement dont la seule légitimité est d'être responsable devant un Parlement lui même dépendant du succès du Président?

Sans doute celui de "collaborateur" comme le disait Nicolas Sarkozy à l'égard de son Premier Ministre... mais sans doute pas celui de déterminer et conduire la politique de la nation au titre de l'article 20 de notre Constitution.

Le gouvernement constitue cependant le bras armé de l'exécutif à l'encontre du pouvoir législatif grâce au célèbre article 49.3 et surtout au droit de dissolution que le Président de la République peut utiliser au cas où l'assemblée nationale se montrerait récalcitrante à suivre les évolutions de sa ligne politique au gré des sondages d'opinion. La "rationalisation" du parlementarisme est si forte que même face à un président semblant indécis et faible les frondeurs n'osent pas s'en prendre à Golliath.

La soumission du Parlement recèle cependant un prix fort à payer pour le Président: son isolement rendu plus extrême face au pays en l'absence de réels représentation nationale. Un isolement qui, ajoutée à l'irresponsabilité totale d'une opposition réduite à jouer le rôle de "mouche du coche", conduit nécessairement à l'impopularité de la figure présidentielle et du même coup de ses réformes incomprises, partielles, partiales et technocratiques car y manquent nécessairement le sceau de la délibération politique faute de quoi les opposants s'expriment au mépris de toute représentativité dans la rue.

Pourquoi, dès lors, ne pas doter notre démocratie de tous les moyens dont dispose sa riche culture politique ?

Pourquoi ne pas proposer aux français, en plus du choix d'un homme ou d'une femme à la tête de notre pouvoir exécutif, que les français puissent être duement représentés en proportion de leur vote dans un véritable "congrès des opinions"?

"Moins de lois, mais des lois plus justes et plus claires"

En rendant plus difficile l'adoption des lois, elle en réduira le nombre et surtout les rendra plus justes, moins arbitraires et technocratiques, tout en responsabilisant les minorités dans la détermination de la règle commune.

Cela implique de renoncer à l'infaillibilité de l'exécutif. Dans quel héritage monarchiste faut-il donc s'inscrire pour considérer que le Président et le gouvernement comme le Roi "ne peut mal faire" et menacer de ce fait toute opposition parlementaire à un projet de loi par la sanction suprême de la dissolution ?

Un régime présidentiel, c'est une séparation stricte des pouvoirs qui exclut ces relations d'assujettissement d'un pouvoir sur l'autre et doit nous amener à transformer le gouvernement en cabinet présidentiel sans responsabilité devant le parlement.

Un tel régime n'est pas difficile à mettre en place, il existe aux Etats-Unis depuis près de 250 ans où il a su concilier des impératifs de représentation dans un contexte de bipolarisation où la confrontation est naturelle.

Il est désormais temps de doter la France des institutions qui légitimeront les réformes grâce à l'émergence de véritables majorités d'idées et non celles issues de la victoire sans partage d'un français sur cinq.

Commentaires


Featured Posts
Recent Posts
Archive
Search By Tags
Follow Us
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square
bottom of page